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Photo : Josiane Ouellet
Automne 2018  |  Numéro 158

Patrimoine et participation citoyenne. Nous faisons la différence


Dossier   |  par , et Liane Morin, détentrice d'une maîtrise en urbanisme

Initiation au patrimoine. Sur les bancs d’une école de citoyenneté

Marie-Dina Salvione et Liane Morin, chargées de projet à l’Institut du Nouveau Monde, nous racontent l’exercice de participation citoyenne auquel une vingtaine de jeunes de 15 à 35 ans se sont prêtés en août dernier à l’école d’été de l’organisme. L’objectif de cette expérience : susciter l’engagement en matière d’aménagement et de patrimoine bâti grâce au design.

Il va sans dire, le patrimoine est l’affaire de tous. Mais est-ce que tous s’y intéressent ? Le discours commun tend à prétendre que les jeunes sont moins touchés par les enjeux patrimoniaux. Pourtant, l’étincelle de leur intérêt peut être allumée très simplement, par exemple par un exercice de participation citoyenne. Nous avons été témoins de cet éveil à l’occasion d’une récente initiative qui a amené une vingtaine de jeunes à réfléchir aux questions de patrimoine et d’aménagement sur les bancs d’une école de citoyenneté.

 

Un contexte des plus favorables

Cette expérimentation a eu lieu dans le cadre du profil Exploration de la 15e  École d’été de l’Institut du Nouveau Monde (INM), un organisme sans but lucratif et non partisan qui s’intéresse à la participation citoyenne et à la démocratie. Du 15 au 18 août 2018, cette école d’été rassemblait des jeunes de 15 à 35 ans avec l’objectif de leur faire vivre des expériences d’implication sociale et de participation citoyenne. Depuis sa création, l’École d’été souhaite susciter l’engagement des jeunes à propos d’enjeux qui leur sont chers. Ces jeunes sont répartis en différents profils et bénéficient d’une programmation variée qui les met en contact avec des pairs et des modèles inspirants. Dans un tel contexte, la mise en action et la poursuite de leur engagement sont cruciaux. Cette année, ce désir d’engagement, nous avons voulu l’instiller à l’égard de l’aménagement et du patrimoine bâti, grâce au design. Parmi les huit proposés, le profil Exploration était axé sur la découverte d’un milieu patrimonial et de l’impact que les participants pouvaient avoir sur ce dernier par le biais d’une démarche propre au domaine du design.

Le profil Exploration offrait un contexte peu commun pour un exercice de participation citoyenne. Les participants ne s’y étaient pas inscrits par intérêt pour l’objet de la démarche (l’église St Jax Montréal) ou parce qu’ils en avaient une connaissance particulière. Leur profil était celui de jeunes néophytes simplement curieux de faire l’expérience de ces trois jours de réflexion-action. Même si ce peu de bagage constituait évidemment une contrainte pour la démarche de design proposée et les résultats attendus en si peu de temps, il s’accompagnait d’une attitude d’ouverture qui a surtout représenté une richesse tout au long du parcours des participants.

Marie-Dina Salvione et Laureline Gellie ont imaginé les activités de ce profil et guidé la vingtaine de participants au fil des neuf heures d’expérimentation. Toutes deux designers de formation, elles s’intéressent aux enjeux liés au design participatif sous toutes ses formes.

Le site de travail du profil était l’espace extérieur de l’église St Jax Montréal, située dans le Quartier des grands jardins, à l’angle des rues Sainte-Catherine et Bishop, à deux pas du campus de l’Université Concordia. En 1864, l’église, alors nommée Saint James the Apostle, était de tradition anglicane. L’édifice, érigé par les architectes Lawford et Nelson, comportait plusieurs corps de bâtiment en pierres couverts d’une toiture d’ardoise. Fermée en 2015 en raison de la baisse de fréquentation des fidèles, l’église fut renommée St Jax Montréal. L’édifice accueille à nouveau une vocation cultuelle, mais sa mission s’est élargie : il est devenu un lieu destiné à la communauté. À l’extérieur, l’articulation de ses volumes forme des espaces accessibles au public, sortes de courettes urbaines offertes à la collectivité. Il s’agit d’ailleurs des seuls espaces de verdure du tronçon de Sainte-Catherine compris entre la rue Mackay et le boulevard Robert-Bourassa.

Le choix de ce site pour le profil Exploration n’est pas anodin. D’une part, l’église présente des enjeux de sauvegarde actuels et pertinents pour la réflexion des participants. D’autre part, elle est située au cœur du Quartier des grands jardins, qui a lui-même fait l’objet d’un processus de participation citoyenne en 2011. Ce processus a mené à un programme particulier d’urbanisme (PPU) qui oriente aujourd’hui son développement ainsi que la protection et la mise en valeur de son patrimoine. Deux des enjeux principaux du PPU ont guidé les thèmes abordés avec les participants : la mise en valeur du patrimoine bâti et la qualité des milieux de vie.

 

La démarche proposée

  

À la fois explorateurs et designers, les jeunes participants du profil Exploration ont été amenés à observer, à percevoir, à comprendre et à interroger le site de travail, avant d’imaginer et de proposer des solutions d’aménagement simples pour répondre à des problématiques ressorties de la visite terrain. Autrement dit, la démarche suggérée aux participants a suivi le chemin critique d’une démarche participative en trois temps : s’informer, débattre et proposer.

Au jour 1 des séances par profil, deux membres du comité jeunesse d’Héritage Montréal ont présidé la visite d’une partie du Quartier des grands jardins. Leur objectif ? Nous apprendre à regarder la ville, relever des enjeux précis et nous faire mieux connaître certains édifices. Cette phase de découverte et d’exploration était une introduction à la ville, une invitation à lever les yeux au-dessus des marquises et des enseignes pour remarquer les traces variées du cadre bâti, ancien comme contemporain. Les arrêts choisis par les guides ont permis d’aborder certains enjeux centraux de sauvegarde tels que le sort des complexes conventuels vacants, les nouveaux usages qu’impliquent ces ensembles immobiliers, sans compter leurs défis matériels et techniques de conservation. Le point de chute de cette visite était l’église St Jax. Munis d’un carnet d’exploration, les participants ont observé le site en endossant le rôle d’un personnage fictif qui leur avait été attribué pour l’exercice. Ce jeu les a amenés à adopter une posture d’empathie pour l’observation du site, qualité essentielle dans ce type de démarche. À l’aide de ces observations et de leur expérience empirique du site, les participants ont déterminé des problématiques auxquelles ils souhaitaient réfléchir au cours des étapes suivantes.

Le deuxième jour était consacré au choix des problématiques et à la constitution des équipes de travail qui auraient à imaginer des solutions. Accompagnées par le Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM), les équipes ont listé 10 choses qu’ils aimaient de la ville. Stimulés par cette réflexion et par la variété de matériaux légers à leur disposition, ils se sont tranquillement plongés dans leur processus de création.

La troisième journée a vu prendre forme les maquettes concrétisant leurs idées, sous les conseils attentifs d’intervenants des organismes Le Virage-Campus MIL et Collectif de designers, spécialisés en urbanisme tactique. En guise d’introduction à cette dernière séance, les intervenants ont abordé les processus d’implication citoyenne et le design temporaire à l’échelle urbaine.

 

Dévoilement des résultats

Le traditionnel événement de clôture de l’École d’été est appelé la Tribune jeunesse. Pendant cette soirée, les participants de tous les profils font habituellement un exposé éclair devant un jury invité. C’est l’occasion de témoigner de leurs réflexions ainsi que du travail réalisé au cours des quelques heures d’activités. Cette année, la Tribune se déroulait dans la salle de culte de l’église St Jax. Les designers en herbe du profil Exploration ont fait le choix de présenter ce qu’ils avaient observé lors de la première séance : un édifice comme une oasis de paix en plein centre-ville, un espace ouvert et significatif pour la communauté. Ce témoignage confirmait leur attachement envers le lieu, malgré le peu de temps qu’ils y ont passé. Surtout, après leur explication des problématiques abordées et des ébauches de solutions, c’est leur souci de transmettre ces impressions au public de l’École d’été qui est clairement ressorti de la présentation. À juste titre, les critiques invités ont souligné la démarche des jeunes et l’imagination de projets de mise en valeur inclusifs, eux-mêmes suscités par la nature communautaire du bâtiment et la mission de l’organisme qui s’en occupe.

En somme, les retombées de cette expérience résident moins dans les résultats présentés que dans les apprentissages. Concrètement, grâce au processus proposé et aux prototypes réalisés, les participants ont réussi à faire émerger quelques constats :

  • L’église St Jax est un lieu patrimonial dont l’histoire est une force et celle-ci doit être mise en valeur, notamment par la commémoration et l’aménagement des espaces tout autour du bâtiment, permettant la contemplation du lieu ;
  • St Jax est peut-être patrimoniale, mais elle n’est pas figée dans le temps. Il s’agit d’un élément du tissu urbain qui évolue au rythme de la communauté qui l’entoure.

Pour certains, il peut s’agir là d’évidences. Notons toutefois que le profil Exploration se voulait une expérience d’initiation au patrimoine, à l’aménagement et à la participation citoyenne, sans prétention d’exhaustivité, les trois séances de trois heures étant nettement insuffisantes pour aspirer à révolutionner les espaces autour de St Jax.

Par ailleurs, c’est probablement dans l’expérience du processus que les apprentissages se sont davantage réalisés pour les participants. D’abord, ils ont pris conscience qu’ils pouvaient s’exprimer sur la ville qui les entoure, et ce, même s’ils ne sont pas experts. Puis, ils ont apprivoisé plusieurs étapes du design : observer les lieux, tenter de comprendre les dynamiques, discuter avec une variété d’intervenants, échanger avec autrui, imaginer des solutions adaptées. On pourrait croire qu’il s’agit là de réflexes innés, mais il n’en est rien ! Chose certaine, les jeunes du profil Exploration ont expérimenté une démarche inédite qui ne les quittera plus.

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