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Photo : Josiane Ouellet
Automne 2018  |  Numéro 158

Patrimoine et participation citoyenne. Nous faisons la différence


Dossier   |  par , architecte et ancien directeur de la Fondation Rues principales

Mobiliser pour sauvegarder !

Dans le cadre de notre dossier sur le patrimoine et la participation citoyenne, l’architecte François Varin, ex-directeur de la Fondation Rues principales, nous explique comment l’organisme suscite une mobilisation salvatrice pour notre héritage collectif.

 

Le patrimoine d’une collectivité se présente sous de multiples facettes. Qu’il soit bâti, historique, ethnologique, archéologique ou naturel, il en constitue l’héritage et demeure intimement lié à son histoire, à son évolution et à sa vitalité socioculturelle. Alors que la notion de patrimoine était, dans un passé récent, limitée aux manifestations physiques associées aux bâtiments, structures et monuments, elle représente aujourd’hui tous les éléments qui font d’une collectivité un milieu de vie distinct, unique et diversifié.

Le patrimoine ne doit plus être vu comme un empêchement au développement et à la croissance, mais plutôt comme un catalyseur de changement sur lequel bâtir l’avenir d’une collectivité. Protéger son patrimoine, c’est se reconnaître, retrouver la fierté de son milieu et s’approprier son avenir socioéconomique. En effet, pour se développer harmonieusement, un milieu doit mettre en valeur « sa différence », tout ce qui constitue ses caractéristiques identitaires ; en somme, l’ensemble des éléments de son patrimoine.

Le patrimoine devient un vecteur pour le développement futur, qu’il guide et personnalise. Dans une telle démarche de mise en valeur du patrimoine comme outil de croissance, l’ensemble des partenaires d’une collectivité se doivent de s’engager et de se doter d’une vision concertée où tous les groupes d’intérêts du milieu trouvent leur place.

 

Le citoyen au cœur du processus

Il faut que les citoyens se réapproprient et partagent avec les autres acteurs de leur collectivité les leviers du processus de prise de décision qui influencent le développement socioéconomique de leur municipalité ; ils doivent ainsi retisser des liens avec leur patrimoine et le réinscrire au cœur de leurs préoccupations.

La démarche mise en œuvre au Québec par la Fondation Rues principales depuis le début des années 1980 a présenté aux municipalités une façon différente de voir les relations entre leurs commerçants, citoyens, élus et groupes d’intérêts sociaux ou économiques. Le développement socioéconomique d’un milieu doit être l’affaire de tous et la vision de ce développement être partagée par tous. D’abord citoyens, les différents acteurs doivent, au-delà des intérêts propres à chacun, réfléchir et planifier le développement de leur milieu de vie en fonction du bien commun, tout en respectant le rôle et la place des uns et des autres dans la poursuite de la mise en œuvre de cette vision.

 

Voir différemment le rôle des experts

S’il faut reconnaître l’importance du rôle que jouent les experts dans la protection et la mise en valeur du patrimoine, leur talent et leur expertise doivent être mis au service des citoyens et de leur volonté de voir leur milieu évoluer en fonction des objectifs qu’ils se donnent eux-mêmes. Les experts deviennent ainsi des guides, des conseillers qui orientent vers les bons choix à faire, et ce, par influence plutôt que par autorité.

Le rôle des experts, toujours aussi essentiel, devient plus pédagogique. Ils accompagnent les citoyens dans une démarche d’appréciation de leur environnement bâti et naturel. Ils les incitent à tenir compte de cet environnement dans leurs décisions concernant la transformation et l’évolution de leur milieu de vie. Il ne s’agit pas de forcer la population à adhérer à la cause du spécialiste, mais davantage de la sensibiliser à l’importance vitale pour un milieu de protéger ses atouts bâtis et naturels en vue d’assurer sa vitalité, sa croissance et sa pérennité.

Les experts de la Fondation ont ainsi amené différents acteurs à prendre du recul et à redécouvrir les atouts et les caractéristiques distinctives de leur municipalité au fil de son évolution ainsi que son patrimoine bâti et naturel. Ce recul permet de mieux apprécier tout ce qui contribue à faire d’un cadre de vie un environnement unique et différent. Ce qui distingue une municipalité d’une autre devient le fer de lance de son développement futur : affirmer « sa différence » devient « rentable » et porteur d’avenir.

Les nombreuses soirées d’échange et de rencontre, inscrites au cœur de la démarche Rues principales, deviennent autant d’occasions de présenter des faits et des données ainsi que de laisser les acteurs d’une collectivité convenir des leçons et des enseignements à en tirer. Par exemple, lors d’une soirée consacrée à la découverte des mérites et atouts de l’environnement bâti et naturel, un montage de photographies choisies illustre comment la municipalité est née et s’est développée et révèle certains de ses traits particuliers. Le rôle de l’expert se limite à préparer cette présentation visuelle de manière judicieuse puis à l’animer : il questionne simplement les gens présents sur ce qu’ils perçoivent en regardant les photos et veille à ce que les échanges se fassent d’une manière positive et constructive. Le bilan d’une telle soirée est surprenant : les participants concluent naturellement à l’importance et à la nécessité de mieux gérer les interventions et changements aux bâtiments afin d’en protéger les caractéristiques architecturales. Ils prennent conscience de la place fondamentale du patrimoine bâti et naturel, et constatent comment ces derniers sont aujourd’hui révélateurs de l’histoire particulière et de l’identité de leur municipalité. Cette prise de conscience vient valider la nécessité de mieux prendre soin de leur environnement et de mettre en œuvre une réglementation du type plan d’implantation et d’intégration architecturales (PIIA) ou site patrimonial, sans heurt et sans imposition, ou de renforcer les réglementations en vigueur.

L’accompagnement de la Fondation Rues principales porte ses fruits lorsqu’il se prolonge sur quelques années auprès d’une municipalité. Il contribue alors à ce que le changement d’approche à l’égard d’un milieu bâti soit bien intégré ; la présence de la Fondation encourage les acteurs d’un milieu à mieux percevoir et comprendre les liens étroits entre le développement socioéconomique et la préservation de leur identité physique et de leur patrimoine. En effet, la démarche Rues principales dure trois ans, dans un premier temps, et se poursuit à un rythme moins soutenu dans les années subséquentes, la municipalité devenant alors membre d’un réseau d’échange et de partage d’expériences et d’expertises.

 

Des résultats sur plusieurs tableaux

Les résultats d’une telle démarche, où les différents acteurs d’une collectivité partagent leurs préoccupations et réfléchissent à l’avenir de leur milieu de vie, sont considérables. Ils concernent tous les aspects du développement : la concertation, la vitalité sociale et culturelle, le développement économique et la mise en valeur physique d’une municipalité.

Les résultats quantitatifs sont réels. Mais au-delà des chiffres, la démarche permet d’insuffler une vision nouvelle de la municipalité et d’apporter des changements qui modifient les façons de voir son évolution.

Les quatre volets de la démarche Rues principales (organisation, développement économique, animation-promotion et améliorations physiques) favorisent l’appréciation de leur milieu de vie par les citoyens, ce qui change significativement leurs perceptions et les amène à inscrire davantage le patrimoine au cœur de la croissance et du développement de ce milieu.

Les retombées positives de cette démarche sont beaucoup trop larges et nombreuses pour qu’on les énumère dans leur ensemble. Cependant, en matière de patrimoine, elles peuvent prendre diverses formes, dont celles-ci :

  • Des interventions sur les bâtiments et des travaux de meilleure qualité, plus respectueux des styles architecturaux et de l’histoire ;
  • Une meilleure appréciation et une plus grande utilisation des matériaux traditionnels ;
  • Un suivi municipal plus vigilant et plus éclairé des demandes de permis ;
  • Un comité consultatif d’urbanisme plus averti et compétent ;
  • Des engagements municipaux plus nombreux ;
  • La mise en valeur et l’utilisation des archives locales ;
  • De meilleures pratiques quant à l’entretien et à la réparation des bâtiments.

 

Une approche reconnue

En 1995, l’Ordre des architectes décernait à la Fondation Rues principales le prix Thomas-Baillairgé, qui vise « à souligner les efforts d’une personne ou d’un organisme public ou parapublic qui a participé à la promotion et à la conservation de la qualité du cadre de vie au Québec ».

Six ans plus tard, Action patrimoine lui octroyait à son tour un prix d’excellence soulignant les résultats de son approche fructueuse en ce qui a trait à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine. L’organisme soulignait alors ceci : « Par leur démarche innovatrice misant sur l’émergence de nouveaux partenariats locaux, les membres de cette équipe favorisent la sensibilisation au patrimoine et la prise en charge des centres-villes par le milieu afin que la population locale éprouve un sentiment de fierté et d’appartenance par rapport aux richesses patrimoniales de son environnement. »

Enfin, l’Ordre des urbanistes du Québec, à l’occasion de son 50e anniversaire en 2013, reconnaissait la démarche Rues principales comme l’une des 50 initiatives les plus remarquables ayant influencé le développement de l’urbanisme au Québec au cours des 50 années précédentes.

Bref, on peut dire de cette démarche qu’elle a fait ses preuves !

 

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