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Cultigène de maïs site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha

Restes carbonisés de grains de maïs | Source : Site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha

Aux sources de la dent sucrée

Que racontent les nombreux restes de maïs découverts sur le site d’un ancien village iroquoien de la Montérégie ? Pas seulement la naissance d’une habitude alimentaire dans la région…

La présence du maïs sucré dans le sud du Québec ne date pas d’hier. Le site Droulers-Tsiionhiakwatha, à Saint-Anicet, en Montérégie, abritait un village iroquoien qui, vers l’an 1500, comptait environ 500 habitants. Les archéologues y ont jusqu’ici mis au jour une collection de quelque 40 000 restes carbonisés de grains et d’autres parties de plantes, majoritairement du maïs. Ces témoins végétaux sont vieux de cinq siècles.

Des restes de maïs ont aussi été trouvés ailleurs dans la région de Saint-Anicet, sur deux autres sites iroquoiens datés du XIVe siècle, Isings et McDonald. Fait intéressant, ce dernier site a également révélé la présence d’une dent de lait cariée. La combinaison de ces deux trouvailles suffit-elle à établir un lien entre la consommation de maïs sucré et l’incidence de la carie dentaire chez les communautés iroquoiennes de la région au XVe siècle ? Bien sûr que non. Cela dit, des recherches menées dans le sud de l’Ontario vont dans ce sens.

Le maïs (Zea mays) vient du sud-ouest du Mexique. La tige de cette plante, domestiquée depuis au moins 5500 ans, est riche en sucre naturel. L’introduction de sa culture dans le nord-est de l’Amérique du Nord a lieu vers l’an 100 de notre ère au sud des Grands Lacs, aux États-Unis, et vers l’an 500 dans le sud-ouest de l’Ontario, tandis que dans la région de Saint-Anicet, la culture du maïs est attestée dès le XIVe siècle. C’est la variété dite maïs corné (Zea mays indurata) ou flint corn qui a su s’adapter au climat des régions nordiques.

Quant à la carie dentaire, elle est peu fréquente dans la population du nord-est de l’Amérique du Nord durant le Sylvicole moyen (de l’an 400 AEC à l’an 1000 EC). Par la suite, au Sylvicole supérieur (de 1000 à 1600 EC), elle augmente considérablement dans les communautés qui ont adopté la culture du maïs et qui en consomment sur une base quotidienne. Par exemple, sur le site iroquoien Bosomworth, dans le sud de l’Ontario et occupé autour de l’an 1400, 21 des 24 squelettes exhumés présentent des dents cariées.

Il est donc hautement probable que la fréquence de la carie dentaire se soit accrue dans le sud du Québec à partir de l’arrivée du maïs, comme le suggèrent les découvertes faites en Ontario. Pour établir une relation de cause à effet entre la consommation de cette céréale et la pathologie dans la région de Saint-Anicet, davantage de fouilles archéologiques seront toutefois nécessaires. Et il faudra que les archéologues passent avant la fée des dents 

Maude Chapdelaine est l’archéologue responsable de la collection du Centre d’interprétation du site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha, à Saint-Anicet. Cette chronique est le fruit d’une collaboration avec Archéo-Québec.

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Automne 2021 • Numéro 170