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Photo: Pierre Lahoud

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28 août 2015

Une grange qui change tout

En préparant le numéro d'automne du magazine Continuité, j'ai fait une découverte surprenante: les petits patrimoines participent à la spécificité de nos paysages, en plus de témoigner de modes de vie passés, mais ils peuvent aussi jeter une lumière inattendue sur des recherches archéologiques.

Photo: Caroline Mercier

Des découvertes survenues lors de fouilles archéologiques réalisées en 2014 sur le site des maisons Bélanger à Montmagny remettent en question certaines idées reçues concernant un des modèles d’établissement agricole implantés dans la vallée du Saint-Laurent à l’époque du Régime français : la maison-bloc. Tout ça à cause du positionnement d’une grange (ou d’une grange-étable) !

Selon l’aveu et dénombrement de 1732 de la seigneurie de la Rivière-du-Sud, deux maisons, une grange et une étable s’élevaient sur le terrain de Pierre Bélanger. Des fouilles réalisées en 2013 ont permis de mettre au jour les vestiges d’un grand bâtiment composé de deux corps de logis, mais n’ont révélé aucune trace de dépendances aux alentours…

Puis, les fouilles de 2014 ont mené à la découverte de deux fondations en pierre formant une division est-ouest là où on pensait trouver un foyer dans le second logis. Dans la partie sud, le sol d’occupation en terre battue très compact contenait des artéfacts et écofacts extrêmement fragmentés, comme s’ils avaient été constamment piétinés ou soumis à un mouvement répétitif. Enfin, dans la partie nord, les recherches ont permis de dégager une couche d’incendie contenant une grande densité de céréales (blé pour les humains ; orge et avoine pour les animaux) et de fourrage (vesce jargeau) carbonisés. Or, s’il est vrai que les céréales étaient parfois entreposées dans le grenier de la maison, le foin destiné à nourrir le bétail, lui, était uniquement entreposé dans la grange ou le hangar.

Tout cela a amené l’archéologue Caroline Mercier à poser l’hypothèse selon laquelle cette partie du bâtiment aurait en fait été une grange ou une grange-étable. Il s’agirait donc d’une maison-bloc (dépendances intégrées ou juxtaposées au logis) plutôt que d’une maison-cour (dépendances disposées autour d’une cour ouverte ou fermée). Le hic, c’est qu’on ne construisait supposément plus ce type de demeure au XVIIIe siècle. Sans compter qu’il était habituellement réservé aux paysans les moins bien nantis, alors que les Bélanger faisaient partie de deux importantes familles de seigneurs et profitaient d’une aisance matérielle digne de la bourgeoisie rurale.

De nouvelles fouilles réalisées cet été ont permis de dégager les fondations d’une autre division intérieure, qui séparait la partie nord de la dépendance en deux. Il pourrait s’agir de l’emplacement de deux carrés d’entreposage, soit l’équivalent du fenil et de la tasserie, alors que selon les indices récoltés en 2014, la partie sud semble correspondre à une batterie ou aire de battage (l’endroit où on traitait les récoltes de céréales) et il se pourrait que des animaux de ferme y aient séjourné durant la saison froide. Il reste à analyser les prélèvements de sédiments pour confirmer que cette partie du bâtiment servait à entreposer les récoltes de céréales et de fourrage pour le bétail. Autant dire que l’hypothèse tend à se confirmer… tout en donnant à réfléchir !

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