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Photo: Pierre Lahoud

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19 septembre 2016

Héritage en fête

Source: Vivre le patrimoine!

La deuxième édition du festival Vivre le patrimoine !, qui s’est déroulée du 18 au 20 août dernier à Montréal, a exploré les nouvelles avenues du domaine à travers trois thèmes : patrimoine et numérique, intérieurs patrimoniaux et patrimoine intangible. Issus d’horizons professionnels aussi variés que l’architecture, l’histoire de l’art, l’urbanisme et l’histoire, ses organisateurs lui confèrent des influences diversifiées. Mais surtout, ils s’unissent pour faire valoir la voix de la relève en patrimoine.

Au cours de l’événement, une problématique actuelle a retenu l’attention : celle des lieux à valeur patrimoniale occupés par la communauté et animés par des organismes non gouvernementaux et à but non lucratif, et pourtant menacés de fermeture pour des raisons administratives. Pourquoi ? Le festival s’est ouvert à Kabane 77, puis il s’est arrêté à La Passe pour se terminer aux Forges de Montréal... Trois édifices appartenant à la Ville, qui souhaite les récupérer. Or, les activités communautaires qui s’y déroulent, grâce à la force citoyenne, stimulent la culture et la créativité montréalaises.

Vivre le patrimoine ! veut créer un espace de rassemblement et de dialogue. Sans chercher la confrontation, il soulève certaines questions délicates, tout en mettant en relief les innovations du milieu ainsi que des exemples positifs en matière de valorisation patrimoniale, de réutilisation ou d’animation de lieux patrimoniaux. Plusieurs organismes, personnalités politiques, experts, étudiants et citoyens ont répondu à l’appel ; en tout, plus de 150 personnes ont participé à l’événement.

Au programme

Lors de la soirée d’ouverture à Kabane 77, un espace public investi par un collectif d’artistes, trois conférenciers ont offert leur vision personnelle des thèmes du festival. D’abord, Joanne Burgess, directrice du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal et professeure au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a ouvert le bal en présentant les atouts et les risques liés au mariage entre patrimoine et nouvelles technologies. Georges Drolet, historien de l’architecture et architecte chez EVOQ, a ensuite abordé les défis que posent la restauration et la conservation des intérieurs patrimoniaux. Après quoi, Martin Thivierge, directeur général du Conseil des métiers d’art du Québec, a terminé avec une présentation sur les métiers traditionnels de la construction. La soirée s’est poursuivie dans une ambiance festive, ponctuée de passages du train, de quelques notes de musique et de petites bouchées.

Le lendemain, le volet consacré au numérique a eu lieu à La Passe. Le bâtiment, situé au 1214, rue de la Montagne, date de 1914. Il s’agit d’une des plus anciennes maisons du Mille carré doré. Elle abrite actuellement la Médiathèque littéraire Gaëtan Dostie ainsi qu’un collectif dynamique nommé La Passe qui organise des soirées littéraires et des concerts. Ce lieu d’échanges engagés unique au Québec doit sa valeur patrimoniale tant à son cadre bâti qu’aux actions communautaires qui le font vivre. C’était un choix parfait pour des activités sur le patrimoine, le numérique et la participation citoyenne. Après des présentations et des discussions autour du thème « Patrimoine et numérique : exploration d’initiatives », les participants ont pris part à deux ateliers pratiques leur permettant d’approfondir le sujet. D’une part, Richard Lapointe, fondateur d’iSCAN 3D, a démontré les nombreuses possibilités – presque futuristes – qu’offre la technologie des numériseurs en trois dimensions. D’autre part, Mélinda Wolstenholme d’Héritage Montréal ainsi que Cendra Percy et Philémon Gravel d’Entremise ont animé un atelier de cocréation visant à faire réfléchir sur la réutilisation des bâtiments patrimoniaux en danger et les usages transitoires. Il a été question d’appropriation, d’apprentissage et de pédagogie ; du caractère indissociable du design urbain et du patrimoine ; et de l’importance de la force citoyenne, non experte, qui s’affirme comme un nouveau courant en conservation du patrimoine.

L’aventure s’est poursuivie, pour le volet sur les intérieurs patrimoniaux, avec la visite de l’ancienne Banque Royale du Canada. Les participants ont pu apprécier la restauration et la reconversion du bâtiment en un café et un espace de travail partagé (coworking). Daniel-Jean Primeau, artisan plâtrier, a ensuite présenté comment il a rafraîchi les moulures qu’on y trouve. Enfin, les participants se sont livrés à un atelier créatif autour des possibilités de réutilisation de l’une des alcôves. La journée s’est donc terminée sur un échange convivial et la célébration d’un exemple positif en matière de conservation du patrimoine.

Le 20 août, le volet sur le patrimoine intangible s’est déroulé aux Forges de Montréal. Cette ancienne station de pompage abrite aujourd’hui un organisme à but non lucratif qui se donne pour mission de préserver les savoir-faire ancestraux des forgerons. Vivre le patrimoine ! a convié les festivaliers à une journée d’ateliers pratiques de taille de pierre, de forge et de construction de terre crue. Ils ont pu expérimenter ces trois techniques traditionnelles et discuter de l’avenir des artisans en bâtiment. Le discours de Lester Toupin, artisan en bâtiment de la firme ARTES, a marqué les esprits. « On ne sauvera pas notre patrimoine culturel si on ne s’ouvre pas à d’autres cultures. Notre société doit se donner les moyens de préserver son patrimoine », a-t-il soutenu. Ainsi, même si la lutte continue, le festival a apporté une pierre de plus à la structure qui, un jour, assurera la pérennité des savoir-faire, de la qualité architecturale et de notre patrimoine culturel commun.

La suite ?

Vivre le patrimoine ! a su rassembler de multiples acteurs en aménagement : architectes, anthropologues, urbanistes, historiens, étudiants, fonctionnaires, citoyens et promoteurs, tous unis pour la même cause. Dans l’avenir, il cherchera à s’ouvrir à un public plus large afin de continuer à faire avancer le débat, qui revêt aussi une dimension politique. C’est donc un rendez-vous l’été prochain !

Hélène Santoni, co-fondatrice du festival Vivre le patrimoine !

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