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Photo: Pierre Lahoud

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10 juillet 2017

Éloge du chemin

À l’occasion de la sortie du numéro d’été de Continuité, nous avons demandé à l’historien Denis Angers, animateur de l’émission Des chemins, des histoires à MAtv, d’écrire un billet sur le sujet de notre dossier : les voies anciennes. Voici son bel hommage au chemin dans tous ses états.

Dans des villes qui se développent désormais le long d’autoroutes et de larges avenues, dans un univers de béton et d’asphalte marqué au sceau des embouteillages quotidiens et des cônes orange saisonniers, il fait bon se rappeler qu’il existe toujours, ici et là, des voies de passage plus propices à la découverte et à la contemplation qu’à la simple circulation automobile : les chemins.

Descendant en ligne directe du caminus des anciens Romains, le chemin n’a rien à voir avec la symétrie rigoureuse des routes contemporaines, planifiées et construites au seul profit de l’automobiliste pressé. Rarement rectiligne, le chemin suit plutôt le relief du terrain, contourne les obstacles naturels, ouvre la perspective sur la Nature…

Il est l’héritier du temps où on se déplaçait à pied ou en voiture attelée, du temps où on avait encore le temps de prendre son temps.

Ici comme ailleurs, le chemin demeure donc un passage à l’échelle humaine que le promeneur emprunte sans empressement en notant ses sinuosités, en suivant ses arrondis, en prenant conscience qu’il fut jadis notre première voie de communication.

Un peu vieillot, d’un charme suranné, le chemin est le témoin de l’hier. Pensons par exemple au chemin du Roy reliant Québec à Montréal, achevé par les grands voyers de la Nouvelle-France dès 1737. Il fut en son temps la plus longue route d’Amérique, une route construite un arpent à la fois par les habitants des 37 seigneuries riveraines chargés de la défricher, de la niveler et de la déblayer puis d’y creuser un fossé, chacun sur son lopin de terre.

Aujourd’hui encore, les chemins du Québec se démarquent par leurs appellations évocatrices : de la Canardière, de la Côte-Sainte-Catherine, Gomin, de la Côte-de-Liesse… Ils rappellent ce que nous fûmes et comment nous vivions le long des chemins de gravelle, puis des chemins de traverse, puis des chemins goudronnés, puis des chemins de fer.

Plus qu’une route, le chemin se charge aussi de bien d’autres sens. Il se décline notamment au rythme de la foi et des usages.

Ainsi, le chemin de Damas suivi par saint Paul est devenu synonyme de la révélation et de la conversion. Par ailleurs, composante immuable de chacune de nos églises catholiques, le « chemin de croix » raconte en quatorze stations la passion du Christ; dans la formulation inversée, il renvoie à ces « croix de chemin » que les pieux Québécois d’antan ont dressées par centaines, souvent aux carrefours principaux de leurs communautés.

On connaît également le chemin de la gloire, le chemin de foi, le chemin de l’ambition et, le plus dangereux parmi tous, le chemin de l’enfer qu’évoquaient du haut de leur chaire paroissiale les prédicateurs d’autrefois.

Reste aussi l’incontournable chemin de table, longue pièce d’un tissu de qualité étalée entre les repas et souvent brodée puis rebrodée pour faire plus joli.

On me pardonnera la coquetterie de conclure, tant qu’à évoquer le chemin et ses histoires, par une petite anecdote bien personnelle.

Conçu par l’architecte Eugène-Étienne Taché comme un lieu de mémoire nationale, l’hôtel du Parlement de Québec affiche sur ses murs les blasons sculptés dans la pierre de personnages illustres qui ont fait le Québec.

Cet usage s’est poursuivi sur la façade voisine de l’édifice Pamphile-Lemay où loge la bibliothèque de l’Assemblée nationale. À l’étage, à l’ouest du passage surélevé reliant les deux immeubles, le promeneur attentif découvre qu’un de ces blasons représente un visage d’angelot surmonté d’étoiles.

C’est celui d’un ancien lieutenant-gouverneur du Québec, Auguste-Réal Angers, dont l’histoire retiendra surtout les démêlés qui l’opposèrent au grand Honoré Mercier, démêlés qui menèrent à la révocation de Mercier et à la chute de son gouvernement, en 1891.

Mais quel est le rapport de cet objet avec mon propos? Tout simplement que, sous ledit blason, Angers avait fait graver la devise de sa famille, ma famille, établie en Nouvelle-France dès 1665 avec l’arrivée de Simon Lefebvre d’Angers et de Plainval, ci-devant majordome du marquis de Tracy.

Et que cette devise écrite en vieux français se lit comme suit : Par droicts chemins…

Denis Angers est historien. Il anime l'émission Des chemins, des histoires à MAtv.

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