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Photo: Pierre Lahoud

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18 décembre 2019

Aller de l’avent !

En décembre, le village de Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans se transforme en gigantesque calendrier de l’avent. Cristallisation d’une initiative lumineuse !

Par Pierre Lahoud et Henriette Thériault

Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans est un des plus beaux villages du Québec. Son architecture — constituée principalement de maisons de pilotes avec façades de brique provenant de ballasts de navires —, sa situation exceptionnelle entre terre et mer ainsi que son ensemble institutionnel en font un site hors du commun.

Ce village se compare aussi à plusieurs autres au Québec. Son école a dû fermer il y a plusieurs années, son bureau de poste également. Il ne reste qu’une épicerie. Le presbytère a été vendu et transformé en boulangerie. L’église n’est pratiquement plus ouverte que pour des visites touristiques. Plusieurs maisons sont à vendre.

L’été, toutefois, la population double. Plusieurs boutiques fonctionnent à plein. Mais avec l’arrivée de l’hiver, le village perd une partie de ses occupants. Jusqu’à récemment, il s’y installait alors une certaine grisaille. Le traverser en décembre, à la nuit tombée, c’était comme entrer dans un grand tunnel ténébreux puisque presque toutes les maisons étaient plongées dans le noir.

 

Et la lumière fut !

Depuis 2015, le village connaît une transformation importante pendant le mois de décembre, le plus sombre de l’année. Quelques citoyens ont eu l’idée de l’éclairer pour le rendre plus vivant.

En fait, il s’agit d’en faire un immense calendrier de l’avent. Un tel projet a déjà existé en Suisse sous une autre forme. À Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans, le concept consiste à installer des lanternes pour qu’elles marquent les jours précédant Noël. Quotidiennement, du 1er au 24 décembre, une lanterne s’illumine. Et du 24 décembre jusqu’au 6 janvier, elles sont toutes allumées.

Mais pourquoi des lanternes ? Depuis le XVIIIe siècle, on surnomme les habitants de l’île d’Orléans « les sorciers ». Cette appellation viendrait du fait qu’ils allaient cueillir les poissons des pêches à fascines qui parsemaient le territoire avec des lanternes le soir tombé. Les gens de la rive sud, voyant ces lumières bouger sans arrêt, ont conclu qu’il s’agissait de sorciers faisant la fête.

Le calendrier lumineux est constitué de 24 belles grosses lanternes rouges installées sur autant de maisons. Après la conception et la construction des lanternes par les gens de la place, et leur financement par la Municipalité, l’idée d’éclairer l’église et le cimetière marin a pris forme. Ainsi, la lumière se répand d’un bout à l’autre du village.

Mais cette belle histoire ne s’arrête pas là. Des ateliers ont servi à créer des lanternes un peu plus petites que les 24 marqueurs principaux, pour qu’on les différencie bien. Plus de 200 résidents et amis du village y ont assisté pour fabriquer leurs propres lanternes. Des personnes qui ne se connaissaient pas se sont parlé et ont partagé leur passion de Noël. Ces ateliers ont solidifié leur sentiment d’appartenance à un milieu de vie.

Il est courant maintenant de voir des gens marcher dans le village l’hiver. Ils comptent les lanternes et découvrent d’un autre œil son architecture exceptionnelle. Voilà une belle façon d’apprivoiser ce temps de l’année.

 

Des chants dans la nuit

Parallèlement à cette initiative, le chansonnier Jacques Michel a créé en 2017 une chorale de jeunes du village. Les trois derniers samedis de l’avent, vers 18 h, celle-ci chante des cantiques de Noël aux portes des maisons avec, bien sûr, de petites lanternes à la main. Du chocolat chaud est aussi offert aux spectateurs, qui se réchauffent au chant des enfants.

En 2018, la soprano et doctorante en musique Angelina Lynne a pris la relève. La chorale compte 13 enfants talentueux.

La dernière prestation se tient à l’église, bondée. Les gens sont nombreux à vouloir assister au spectacle, dans un décor magnifique.

La boulangerie du coin n’est pas en reste. Elle fonctionne joyeusement. Elle a conçu, spécialement pour l’occasion, une brioche de l’avent et vend à qui mieux mieux le meilleur gâteau aux fruits du monde.

C’est ainsi que le village de Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans demeure éclairé jusqu’à la fête des Rois, le 6 janvier. Insulaires et continentaux en profitent pour venir admirer ce projet lumineux et rassembleur. Puis, les lanternes sont entreposées sagement dans un lieu sûr. Dès lors, les journées rallongent et l’hiver poursuit tranquillement sa vie blanche.

Une telle initiative citoyenne a permis d’apprivoiser une période où la lumière fait défaut, de tisser des liens entre les gens et de créer une vie participative exemplaire au sein du village. Un modèle qui à sa façon pourrait se déployer ailleurs… Pourquoi pas ?

Pierre Lahoud est l’instigateur du projet et Henriette Thériault l’assiste dans sa démarche.

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