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Photo: Pierre Lahoud

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14 janvier 2016

Au secours du Musée de la photo

L’HISTORIEN MICHEL LESSARD VIENT DE FAIRE PARVENIR À CONTINUITÉ CE PLAIDOYER POUR LA SAUVEGARDE DU MUSÉE POPULAIRE DE LA PHOTOGRAPHIE DE DRUMMONDVILLE. NOUS LE PARTAGEONS AVEC VOUS.

                                                                                                                                            

par Michel Lessard

Il y a 10 ans, lorsque la mairesse de Drummondville, Mme Francine Jutras, et son conseil municipal ont décidé d’accepter le projet d’un musée de la photographie, ils manifestaient une vision et une sensibilité à la connaissance et à la diffusion des arts et de la culture dans leur milieu. Depuis plus de 175 ans, la photographie, d’abord sur sels d’argent puis en numérique, demeure la pratique artistique la plus accessible, la plus populaire et une des plus inventives et vivantes des temps modernes. Partout, notamment au Québec, des artistes, des documentaristes et des photographes de presse nous émeuvent avec une production visuelle étonnante qui nous touche au cœur tous les jours. Des magazines en vivent et, dans tous les pays, de grandes institutions exposent les photographes les meilleurs et les plus créatifs. Depuis les années 1980 et la création du Mois de la photo à Paris, les productions des disciples de Daguerre connaissent un intérêt fulgurant, qu’on pense, pour s’en convaincre, à Orsay, au Museum of Modern Art (MOMA) ou à toutes ces nouvelles salles de grands musées focalisées sur ce volet artistique. Le Québec a toujours participé de façon originale à ce mouvement.

La mairesse avait saisi que ce créneau muséal d’avenir était libre au Québec et que les circonstances lui permettaient de confier cet élan à un de ses citoyens, fin prêt à relever le défi. Jean Lauzon, photographe professionnel de métier, enseignant de la discipline, essayiste et détenteur d’un doctorat en histoire de l’art spécialisé en photographie, avait décidé d’appliquer sa passion au développement de l’institution rêvée dans sa ville. On lui a refilé un sous-sol d’église, on l’a bombardé directeur à petit salaire et on l’a regardé nager.

En 10 ans, ce professionnel, aujourd’hui dans la soixantaine, a aménagé son espace de façon fonctionnelle, rassemblé une impressionnante collection d’appareils catalogués, organisé des dizaines d’expositions avec les meilleurs et sur des thèmes attrayants, mis au point des services éducatifs et un programme pédagogique pour accueillir les écoles, administré, budgété avec des moyens de fonctionnement limités, cherché du financement et bien d’autres choses encore. Un homme-orchestre, un pionnier qui défriche, une vocation d’altruisme culturel comme en ont les travailleurs culturels en région.

Aujourd’hui, la réputation du Musée n’est plus à faire, tous les artistes et tous les professionnels de l’image souhaitent en utiliser les cimaises, le directeur est plein de projets, dont celui d’emménager dans un édifice moderne déjà en esquisses, à la hauteur de l’art photographique et de sa popularité. Depuis 10 ans, au Québec, la photographie ancienne et contemporaine reçoit un accueil particulier dans les grandes institutions nationales, plusieurs musées régionaux en font leurs choux gras et, pour certains, comme le Musée McCord, un volet important de leurs activités et de leur collectionnement. L’édition québécoise dynamise cet élan avec des livres-albums à succès fort émouvants, révélant une culture nationale du visuel bien enracinée dans notre histoire, une production ouverte sur le monde par mille voyageurs ou explorateurs de paysages et d’arts de vivre exotiques.

Pour Drummondville, le moment ne devrait pas être à songer à une fermeture, mais à un nouveau départ, à construire sur des bases solides. Le Musée populaire de la photographie de Drummondville (MPPD) devrait recevoir un meilleur encouragement de la Municipalité et des autres paliers de gouvernement – Québec et Ottawa n’ont jamais mis un cent dans l’entreprise –, il devrait étendre ses activités à un colloque annuel sur un thème donné, à un mois de la photo, inviter théoriciens et praticiens à présenter, décoder et expliquer les images, développer ses collections d’œuvres avec des dons ou des fonds d’artistes, et d’appareils en nourrissant ses réserves. George Eastman, l’inventeur du Kodak no 1 produit à partir de 1888, affirmait que la photographie était la meilleure façon pour chacun d’apprivoiser la création, de maîtriser la composition, d’apprendre à regarder et à contempler la nature et tout le réel. La photographie demeure toujours un calepin de notes qui fouille l’infiniment grand et l’infiniment petit en perfectionnant la technique. Nous avons tous un ou plusieurs appareils-photo, des objectifs de plus en plus performants et nous aimons saluer les anniversaires et les fêtes en sortant l’album de famille ou en présentant un slide show. Les Québécois sont les plus grands producteurs d’images photo au Canada et les plus grands consommateurs d’appareils. Et depuis les débuts de la photographie, des créateurs inventifs signent le pays de façon originale. Si Atget avait été québécois, il aurait donné dans le paysage comme Jules-Ernest Livernois, dans la capitale nationale, le plus artiste des photographes comme se plaisait à le répéter Arthur Buies en son temps.

Le Québec entretient des dizaines de musées régionaux qui sont de véritables carrefours culturels identitaires de leur milieu. Certains sont spécialisés, comme le Musée des religions du monde de Nicolet, le Musée maritime du Québec de L’Islet-sur-Mer, la Cité de l’énergie de Shawinigan et le Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières. D’autres se consacrent à l’histoire, au patrimoine et à la création artistique de leur région : Rivière-du-Loup, Gaspé, La Malbaie, Saint-Joseph-de-Beauce… Aucune raison ne justifie que les Drummondvillois, appartenant à un milieu prospère et fort dynamique, ne mettent pas tous l’épaule à la roue pour remplir un immense besoin muséal du Québec moderne et mener un pan majeur des arts et de la culture sur une des grandes voies carrossables du pays. L’économie et l’image culturelle d’une société en profiteront. Un coup de pouce à la régionalisation tant souhaitée.

Michel Lessard est professeur titulaire retraité de l’Université du Québec à Montréal.

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