De l’Égypte à la Nouvelle-France
ALEX TREMBLAY LAMARCHE, directeur général de l’îlot des Palais
Comment quatre amulettes de l’Égypte pharaonique ont-elles pu se retrouver à l’îlot des Palais au temps de la Nouvelle-France ? Récit d’une découverte archéologique surprenante.
En 2009, des étudiants en archéologie font une trouvaille inusitée à l’îlot des Palais, en basse-ville de Québec : quatre amulettes égyptiennes datant de la XXVIe dynastie pharaonique (de 664 à 525 AEC), enfouies dans le sol québécois pendant trois siècles.
Les fouilles entamées à l’îlot des Palais en 1982 avaient jusque-là permis d’exhumer plusieurs centaines de milliers d’artéfacts : matériel de traite destiné aux Premières Nations, vestiges des brasseries industrielles qui se sont succédé sur le site, écofacts témoignant de l’alimentation sur les lieux et bien plus encore.
Ce sont toutefois ces amulettes qui volent la vedette en 2009. Inattendue, la découverte intrigue les chercheurs. Après des analyses approfondies, ceux-ci arrivent à la conclusion qu’il s’agit d’oudjas, des statuettes utilisées dans les rituels funéraires en Égypte antique.
Les petites figurines représentent Nephtys, Horus, Anubis et une divinité masculine non identifiée. Elles sont faites d’une pâte de verre bleutée et dotées d’un plomb au centre afin d’imiter le lapis-lazuli et la turquoise en donnant aux oudjas tant la couleur que le poids de ces pierres semi-précieuses.
Pourquoi ici ?
Ces statuettes ont été trouvées dans un remblai des années 1720, sous les fondations d’un escalier monumental du palais de l’intendant. Y auraient-elles été insérées intentionnellement à des fins protectrices, suivant certaines croyances superstitieuses présentes en Nouvelle-France ? Ou ont-elles simplement été laissées sur place par mégarde ? Nul ne le sait.
On ignore aussi comment ces figurines sont arrivées en Nouvelle-France… même si on évoque souvent le nom de Claude-Thomas Dupuy. En poste de 1726 à 1728, cet intendant est un érudit, passionné par l’Antiquité, qui possède une impressionnante bibliothèque de plus de 1100 livres, dont une étude sur les hiéroglyphes et plusieurs ouvrages sur l’archéologie.
Il n’est au demeurant pas le seul intendant qui aurait pu apporter de pareils bibelots à Québec. Le XVIIIe siècle voit l’intérêt pour l’Égypte croître en Europe, et plusieurs notables se dotent de cabinets de curiosités comportant des artéfacts antiques. La découverte de ces amulettes à Québec illustre non seulement la circulation d’objets exotiques dans les colonies françaises, mais aussi la richesse des collections de l’îlot des Palais. On peut voir ces quatre figurines intrigantes dans l’exposition permanente qui y est présentée. ◆
Alex Tremblay Lamarche est directeur général de l’îlot des Palais.



