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Le sommet d’Action patrimoine comprenait des ateliers pour favoriser la concertation avec le milieu. | Photo : Simon Laroche

Fenêtres sur demain

Chaque année, Action patrimoine invite les acteurs et actrices du milieu à réfléchir et échanger sur la préservation du patrimoine bâti et des paysages culturels. À l’occasion de son 50anniversaire, Action patrimoine a proposé une nouvelle formule misant sur la concertation et l’intelligence collective. Le 18 septembre dernier, le sommet intitulé Patrimoine bâti et paysages, fenêtres sur demain a réuni
155 personnes à La Nef, à Québec.

Ces moments d’échanges ont permis d’ouvrir des fenêtres sur le passé, le présent et le futur tout en réfléchissant ensemble sur les actions entreprises, les démarches et les projets inspirants et ce que nous voulons pour l’avenir de notre patrimoine.

Animée par En mode solutions, la formule était simple : trois blocs de quatre à six courtes présentations suivies d’ateliers participatifs et consultatifs. Afin d’offrir un cadre de réflexion, ces ateliers s’articulaient autour de six thématiques : patrimoine religieux, résidentiel, industriel et ouvrier, institutionnel, paysages et un thème transversal appelé « rebelle ». En chiffres, 695 contributions ont été documentées (idées, propositions, constats) et 103 chantiers prioritaires ont été déterminés. De ces derniers, 18 ont été retenus comme priorités absolues. Voici un retour sur la journée, mais surtout, sur les enjeux et les pistes de solutions qui en sont ressortis.

S’inspirer du passé

Avant de se tourner vers l’avenir, il est essentiel de connaître le passé, c’est-à-dire les actions entreprises par le milieu, l’évolution des lois et de la réglementation ou encore la transformation de la notion même de patrimoine. Ces bases nous permettent de bien comprendre la situation actuelle et de réfléchir au chemin qu’il reste à parcourir.

Pour rappel, en 1972, la Loi sur les biens culturels du Québec est sanctionnée. Cette loi donne, entre autres, le pouvoir au ministre de la Culture et des Communications de classer ou de reconnaître un bien, un monument ou un site historique. Quelques années plus tard, plusieurs organismes ayant pour objectifs la défense et la préservation du patrimoine voient le jour. Citons parmi eux, en 1975, Action patrimoine au niveau provincial et Héritage Montréal dans la métropole, puis, en 1980, les Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec. 

S’ensuivent plusieurs modifications législatives, notamment en 2011 lorsqu’un élément pour lequel Action patrimoine a milité pendant de nombreuses années, soit le paysage culturel patrimonial, est introduit. Enfin, les modifications apportées en 2021 ajoutent, entre autres, l’obligation pour les municipalités régionales de comté (MRC) d’effectuer un inventaire des immeubles construits avant 1940 sur leur territoire et qui présentent une valeur patrimoniale. Les inventaires peuvent également inclure des constructions plus récentes.

Ainsi, au cours des 50 dernières années, c’est la force du milieu associatif et les modifications législatives et réglementaires qui ont fait de la protection du patrimoine ce qu’elle est aujourd’hui. Tout le travail accompli autour d’enjeux communs, de sorties médiatiques et de mise en commun d’expertises a certainement contribué à sensibiliser et à éduquer la population et à mieux intervenir dans les dossiers touchant le patrimoine bâti et les paysages culturels. Toutefois, il est évident que nous avons perdu certaines batailles. Pensons par exemple au nombre de bâtiments démolis et aux paysages saccagés. Il est inévitable d’enregistrer des défaites, mais elles servent d’apprentissages et permettent d’éviter qu’elles se reproduisent. Les fondations de la préservation du patrimoine sont donc posées et nous devons maintenant penser à l’avenir !

Repenser l’avenir

Lors du sommet d’Action patrimoine, nous avons réfléchi à nos victoires des 25 prochaines années. Qu’avons-nous mis en place et qu’avons-nous fait évoluer ? Denis Boucher, président du Conseil du patrimoine de Montréal, a abordé l’importance de l’implication citoyenne, qui est centrale dans le processus d’appropriation de notre patrimoine. De plus, dans un horizon de quelques années, il a aussi été question de la formation comme élément central et de la réutilisation des bâtiments existants comme un réflexe acquis.

L’atelier a ensuite permis aux personnes présentes de rêver l’avenir du patrimoine. Nous présentons ici le scénario idéal qui se dégage de l’ensemble des thèmes traités.

Dans un avenir rapproché, les personnes élues suivent des formations obligatoires leur permettant de connaître les outils à leur disposition et les utilisent afin d’assurer la protection de leur patrimoine. Le mot d’ordre est sensibilisation des élus et élues, mais également des jeunes, des professionnels et professionnelles et du grand public. Par la suite, la législation, la réglementation et le Code du bâtiment sont adaptés pour faciliter l’occupation transitoire, la transformation et le réemploi du bâti existant. Le financement est stable et de sources diversifiées, et il y a des incitatifs fiscaux pour les propriétaires de biens patrimoniaux. Enfin, les professionnels et professionnelles sont formés adéquatement et proviennent de domaines et de milieux diversifiés : aménagement, architecture, architecture de paysage, ingénierie, patrimoine, urbanisme, etc.

Afin d’atteindre ces objectifs, tout l’écosystème du patrimoine, dont fait partie Action patrimoine, doit travailler de concert. Non seulement le nombre fait la force, mais il est essentiel de décloisonner notre domaine afin de dialoguer avec d’autres professions. En effet, si nous voulons arriver par exemple à modifier le Code du bâtiment, il est primordial que les architectes soient appuyés par d’autres acteurs et actrices du milieu. Tout le monde doit mettre l’épaule à la roue : du citoyen aux gouvernements, en passant par les organismes et les membres des différentes professions liées au patrimoine.

Être en mode solutions

La dernière partie de la journée du sommet d’Action patrimoine a été consacrée à explorer des solutions. Avons-nous déjà des pistes, ici, au Québec ? Pouvons-nous nous inspirer de ce qui se fait ailleurs ? Renée Genest, directrice de l’organisme, a présenté l’exemple de la Fondation du patrimoine en France en abordant les incitatifs fiscaux avantageux mis en place grâce au label octroyé par la Fondation. L’adaptation face aux changements climatiques, l’économie sociale et l’occupation transitoire ont également fait partie des sujets présentés.

Lors du dernier atelier proposé, les membres du sommet ont déterminé des chantiers qui, pour eux, seront prioritaires dans les prochaines décennies ainsi que les ressources qu’il faut mobiliser pour les mener à bien. Les 18 priorités retenues se regroupent en 3 grandes familles : les leviers structurels, qui incluent ce qui a trait au financement, à la réglementation et au code du bâtiment ; la transformation culturelle, soit la sensibilisation, l’éducation et la mobilisation ; et finalement, les solutions opérationnelles, dont l’occupation transitoire ou encore l’économie circulaire.

Ces moments d’échanges ont permis d’ouvrir des fenêtres sur le passé, le présent et le futur tout en réfléchissant ensemble sur les actions entreprises, les démarches et les projets inspirants et ce que nous voulons pour l’avenir de notre patrimoine.

On sent la volonté du milieu d’envisager le patrimoine dans sa globalité. Les bâtiments et paysages ne sont pas considérés que pour leur valeur patrimoniale, mais également comme des solutions à de réels enjeux de société comme les changements climatiques et la crise du logement. Les solutions proposées, par exemple l’allègement des normes pour les bâtiments patrimoniaux, les taxes sur les matériaux neufs, la mixité d’usages temporaires ou encore le retour du financement pour les formations en savoir-faire, sont toutes des façons d’entrevoir un meilleur taux d’occupation des bâtiments et une valorisation de ces derniers au sein de la population. Il faut changer le narratif pour que le patrimoine cesse d’être vu comme un fardeau financier et une source de contraintes, mais qu’il soit plutôt perçu comme une partie intégrante des solutions aux enjeux sociaux et comme une richesse pour la population.

Action patrimoine travaille activement au renversement du discours parfois négatif sur le patrimoine en misant sur la plus-value de ce dernier. Ainsi, en considérant l’existant comme une solution concrète à des enjeux réels, en valorisant des exemples positifs et en misant sur la sensibilisation, une partie du travail est déjà entamée.

Enjeu collectif : l’avenir du patrimoine

En résumé, quatre messages clés sont ressortis des discussions lors de notre sommet : la conservation du patrimoine est un outil essentiel pour le développement durable ; les solutions techniques existent et il faut que la législation et la régulation suivent ; l’éducation et la sensibilisation sont encore et toujours nécessaires ; et finalement, il faut penser le patrimoine collectivement et transversalement.

Si un travail colossal a été entrepris dans les dernières décennies, Action patrimoine est conscient de tout ce qu’il reste à faire. Les points abordés précédemment ne sont qu’une partie des enjeux soulevés lors des discussions du sommet. Il apparaît clairement que les enjeux sont transversaux. Il est également évident à nos yeux que c’est en travaillant ensemble et en renforçant les liens avec les organismes et les professionnels et professionnelles du milieu que nous continuerons à avoir un impact concret et durable sur la protection et la mise en valeur du patrimoine bâti et des paysages culturels.

En tant qu’organisme national, Action patrimoine s’engage à nouveau pour les décennies à venir en misant sur la concertation, la collaboration avec les parties prenantes et la représentation du milieu pour faire avancer les choses. ◆

Renée Genest est directrice générale d’Action patrimoine et Géraldine Franchomme est responsable du développement numérique et de la concertation chez Action patrimoine.

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Action patrimoine

Action patrimoine est un OBNL qui agit à l’échelle nationale pour protéger et mettre en valeur le patrimoine québécois. Depuis 1975, l’organisme poursuit sans relâche une mission de sensibilisation, de diffusion de la connaissance et de prise de position publique pour la sauvegarde du patrimoine bâti et des paysages culturels du Québec.

 

 

Cet article est disponible dans :

Patrimoine moderne. Célébrer l'art déco

Hiver 2026 • Numéro 187

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