Innovation en territoire maya
Maxime Lamoureux-St-Hilaire, Professeur agrégé en anthropologie
Comment élaborer un programme de fouilles archéologiques à l’international avec l’étroite collaboration des équipes locales ? Une initiative menée au Guatemala pourrait faire école.
Prendre le temps de connaître l’histoire et les aspirations d’une communauté professionnelle locale grâce à une enquête ethnographique avant d’entreprendre des fouilles archéologiques avec cette communauté : voilà l’objectif du Dolores Slow Archaeology Program. Cette initiative est menée par une équipe canado- américaine depuis 2022 dans la municipalité de Dolores, dans l’est du Guatemala.
Située au cœur des monts Maya, cette petite municipalité compte plus de 100 techniciens en archéologie âgés de 31 à 90 ans. Certains de ces Doloreños participent depuis 1978 à diverses fouilles archéologiques sur des sites mayas situés partout au Guatemala — dont Tikal, Yaxha et El Mirador. Dolores est elle-même entourée de dizaines de sites mayas, tels Ixtonton, Ixkun et Sacul. Sur des dizaines d’hectares, on trouve de nombreux temples, palais, monuments hiéroglyphiques ainsi que les vestiges de grandes places centrales et de longues voies pavées. Les Doloreños sont fiers de cet héritage culturel. Bien qu’ils ne se considèrent généralement pas comme descendants des anciens habitants de ces cités laissées à l’abandon depuis un millénaire, les habitants actuels valorisent ce legs de façon exemplaire.
Pour mener à bien le Dolores Slow Archaeology Program, j’ai fait équipe avec Rubén Morales Forte, doctorant en anthropologie à la Tulane University (Nouvelle-Orléans). Grâce à un financement du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, nous avons réalisé ensemble plus de 50 entrevues ethnographiques avec des Dolereños ayant une expérience en archéologie. Il s’agissait de la première phase du projet. Résultat : les répondants ont indiqué Ixtonton, situé à 2 km du centre de Dolores, comme site d’intérêt principal. Et ils priorisent la remise en état de l’architecture remarquable de ce site à des fins touristiques afin d’appuyer l’économie locale, qui est largement agricole.
Bien entendu, cette phase ethnographique ralentit le processus archéologique traditionnel. Mais ses avantages sont précieux. En plus de renforcer l’engagement des Dolereños interviewés, le projet a permis de tisser des liens avec deux institutions du pays — le Museo Arqueológico del Sureste de Petén ainsi que l’Atlas Arqueológico de Guatemala — respectivement créées dans les années 1980 et 2000 par des archéologues établis à Dolores. De plus, la communauté locale, ses institutions ainsi que l’administration municipale nous accueillent à bras ouverts et sont désireux de voir commencer la seconde phase archéologique du projet.
Je suis aussi impatient qu’eux de passer à cette étape, qui s’amorcera dès que son financement sera assuré. Vivement le premier coup de truelle ! ◆
Maxime Lamoureux-St-Hilaire est professeur agrégé en anthropologie et en archéologie à la Mount Royal University, en Alberta. Cette chronique est le fruit d’une collaboration avec Archéo-Québec.


