Le dépaysement chez soi
Valérie Gaudreau, Journaliste
Dormir dans un faux chalet suisse, s’enregistrer à « l’office » d’un motel au style tiki polynésien, entrer dans un monde d’opulence ornementale et de souvenirs en série : bienvenue dans les lieux d’hébergement kitsch, où l’ailleurs se trouve chez soi.
Avec leur structure horizontale, leurs portes d’entrée flanquées de chaises Solair colorées et leur enseigne surdimensionnée, les motels ont marqué le paysage routier. Fortement associés aux vacances, ils se révèlent chargés de souvenirs pour plusieurs générations de Québécois. Or ces lieux d’hébergement, dont plusieurs sont tombés sous le pic des démolisseurs, ont fait leur apparition dans un contexte bien particulier, soit celui de l’après-guerre, à la faveur de changements dans les normes du travail. Car pour prendre la route pendant quelques jours, encore fallait-il avoir des congés.

