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Photo : Josiane Ouellet
Été 2019  |  Numéro 161

Patrimoine semencier. Un legs à cultiver


Dossier   |  par , directeur des Jardins de Métis

Travail alimentaire

Entre 1926 et 1958, Elsie Reford, jardinière avant-gardiste et collectionneuse de plantes rares, crée les Jardins de Métis, à Grand-Métis. Lumière sur un pan méconnu de cette histoire.

Elsie Reford est surtout connue pour sa vision grandiose en horticulture ornementale et ses succès dans l’introduction de plantes rares dans son domaine de Grand-Métis. Son intérêt pour les plantes potagères est peut-être moins mis en valeur. Pourtant, autour de la villa Estevan et dans les fermes adjacentes, elle et son mari Robert W. Reford pratiquaient l’élevage et la culture maraîchère. Les fermes avaient une triple vocation : protéger les paysages, produire suffisamment pour la consommation familiale et la revente et servir de lieu d’expérimentation agricole.

Comme dans plusieurs domaines de l’époque, la notion d’autonomie alimentaire était une valeur essentielle. Ainsi, celui d’Elsie et Robert W. Reford comptait deux fermes où étaient élevés des poulets, cochons et moutons (pour la viande et pour la laine). Les vaches ayrshire produisaient le lait et la crème. Les droits de pêche exclusifs sur la rivière Mitis procuraient du saumon en abondance, du moins jusqu’à la construction du barrage, qui a inondé les fosses et mis fin à la pêche sportive dans les années 1940.

La sélection de plantes potagères était le seul champ d’intervention sur lequel le mari d’Elsie avait droit de regard. Robert avait un grand intérêt pour l’agriculture, son père ayant établi à Sainte-Anne-de-Bellevue une ferme modèle (aujourd’hui le Collège Macdonald de l’Université McGill). On trouve dans ses archives des factures (W. H. Perron, Dupuy & Ferguson, à Montréal, Dominion Seed House, en Ontario, et Sutton & Son, en Angleterre) qui détaillent une impressionnante sélection de semences allant des fines herbes et plantes aromatiques (ciboulette, persil, fenouil, basilic, marjolaine, romarin, safran, pissenlit) aux légumes de tout genre (concombre, maïs, laitue, radis, panais, chou, chou-fleur, brocoli, betterave, bette à carde, oignon, carotte, tomate, citrouille et courge). Il produisait aussi des melons et des petits fruits comme les fraises, framboises, cassis et groseilles.

Parmi ses essais, on peut énumérer la culture de l’endive, du salsifis et de la scorsonère d’Espagne, un légume racine semblable au panais, avec une saveur d’huître. Les goûts de Robert et Elsie (tous les deux nés de père irlandais et de mère écossaise) se reflètent dans les quantités de pommes de terre, de gourganes, de rhubarbe, de navets, de pois et de rutabagas cultivés au domaine et offerts dans la salle à manger, à la famille et aux invités. L’entretien du potager était fait par James Pearce, un Écossais formé au Jardin botanique royal d’Édimbourg.

Robert W. Reford a aussi expérimenté la culture du tournesol en vue d’en tirer une huile de cuisson de remplacement, surtout durant le rationnement alimentaire de la Seconde Guerre mondiale. D’immenses champs ont été consacrés à sa production et des échanges d’expertise ont été faits avec des chercheurs au Canada, en Angleterre et aux États-Unis. L’utilisation du tournesol comme moulée semble avoir plu à plusieurs générations de cochons et de poulets. Les champs expérimentaux ont disparu à la suite du décès de Robert en 1951.

Les Jardins de Métis assurent aujourd’hui la production de plantes potagères à petite échelle pour répondre aux besoins des services de restauration, à la villa Estevan et dans les cafés. Le premier potager d’Elsie, transformé en pinède dans les années 1960, a été reconstitué en 2008. Il est devenu un espace culturel et pédagogique, avec son musée d’outils de jardinage. On y cultive surtout des fleurs comestibles et des fines herbes d’exception. Il fait le bonheur des visiteurs, particulièrement des jeunes, qui peuvent accompagner un guide-animateur et faire la découverte de saveurs et de parfums tant connus qu’inconnus.

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