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Photo : Josiane Ouellet
Automne 2019  |  Numéro 162

Patrimoine et aviation. À la conquête du territoire


Chronique   |  par , designer d’intérieur spécialisée en patrimoine

Décors colombiens

Mélissa Mars, designer d’intérieur spécialisée en patrimoine, parcourt actuellement l’Amérique du Sud et l’Europe à vélo, à la découverte d’intérieurs anciens. Nous la suivons dans son périple. Première étape : la Colombie.

En mai dernier, je suis partie à la découverte de pays d’Amérique du Sud et d’Europe. Ces pays, je les traverse… à vélo ! Mon objectif avec ce projet, intitulé Franchir les seuils, est de lire les territoires parcourus à travers la richesse de leurs intérieurs patrimoniaux. Il s’agit d’un parti pris peu commun puisque les visiteurs ont plutôt tendance à s’intéresser aux paysages — naturels, culturels ou urbains — et à l’architecture extérieure. Mais les intérieurs révèlent tout autant les milieux et les cultures dont ils sont issus, car ils sont au centre de la vie quotidienne des gens. Par cette démarche, je souhaite également récolter de l’information sur la gestion de ces lieux et constituer un réseau de partenaires en vue de doter le Québec de pratiques d’excellence dans le domaine.

 

Héritage colonial en Colombie
J’ai amorcé mon périple en pédalant plus de 1000 km au cœur de la Colombie. La diversité de ce pays rend toute synthèse difficile. Lieu de contrastes, la Colombie subit les pressions de l’urbanisation sauvage et de l’exploitation territoriale par des multinationales étrangères, ce qui affecte terre, population et patrimoine. Un filon demeure : la prédominance de l’héritage colonial, qui côtoie des constructions vétustes et une modernité galopante (parfois sublime, comme dans les œuvres du célèbre architecte colombien Rogelio Salmona). 

Dans les villes tentaculaires comme dans les villages haut perchés, l’architecture coloniale caractérise les édifices situés à proximité des places centrales et de leurs majestueuses églises. Des matériaux de proximité (torchis, cannes tressées, bambous, tuiles d’argile, pierres taillées ou débris d’argile et de moellons recouverts d’enduit) composent les bâtiments. Certaines constructions sont peintes de couleurs vives (comme à Salento et à Filandia, dans la vallée de Quindío), d’autres sont enduites de chaux (comme à Popayán, capitale de la vallée du Cauca surnommée « la Ville blanche »). Ces deux traditions, fièrement perpétuées par les habitants, parent les lieux d’histoire. 

Jouant tantôt de contrastes, tantôt d’unité, les intérieurs comportent des détails monochromes finement travaillés ou aussi colorés que les corniches et les balcons extérieurs sculptés. Le bois prédomine toujours, à la fois structure apparente et ornementation. Héritées d’illustres familles, les demeures coloniales sont formées de pièces en enfilade. Des galeries y encadrent des patios avec fontaine, jardin ou bassin. Qu’ils soient pièce d’apparat ou salle de bain, les patios sont des prolongements des intérieurs, vu le climat doux du pays. Des traces d’anciennes fresques peintes de gris-bleu et d’ocre-brun sur des enduits intérieurs révèlent l’ornementation délicate de certaines pièces et galeries. Aujourd’hui, ces demeures sont souvent réhabilitées en musées, restaurants, hôtels. D’autres encore accueillent de grandes universités. Dans les petits villages, la condition des familles se lit à travers des intérieurs coloniaux plus modestes, parfois rudimentaires. Les intérieurs d’églises s’avèrent cependant toujours somptueux.

Diversifiés et vivants, les intérieurs des constructions situées dans les cœurs historiques perdurent grâce à l’attachement des communautés aux traditions et rituels conservés, ainsi qu’à la conscience — locale et nationale — de la possible rentabilité de l’investissement associée au tourisme. C’est pourquoi des villes comme Popayán se relèvent après des séismes récurrents : dans son cas, les plus violents tremblements de terre sont survenus en 1736, 1885 et 1983, détruisant jusqu’aux deux tiers de la cité. Souvent endettée, marquée par les pertes humaines et matérielles, Popayán voit chaque fois à la reconstruction des édifices religieux qui font sa renommée, plus particulièrement ses nombreuses églises. Celles-ci accueillent encore quotidiennement des centaines de fidèles et, chaque année durant la Semaine sainte, d’impressionnantes processions mondialement réputées.

Prochaine étape : l’Équateur !

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