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Photo : Josiane Ouellet
Automne 2019  |  Numéro 162

Patrimoine et aviation. À la conquête du territoire


Dossier   |  par , chroniqueur à la Fondation Aérovision Québec

Sur la piste du passé

L’aéroport de Saint-Hubert possède toute une histoire ! Il était considéré comme le plus moderne au monde en 1930 et il est demeuré le plus important de la région de Montréal jusqu’en 1941. Bref, un lieu à découvrir.

C’est à Saint-Hubert que le premier aérodrome fédéral civil voit le jour, le 1er novembre 1927.

Des experts de Grande-Bretagne recommandent alors d’y construire une base de dirigeables, de manière à développer des routes aériennes commerciales entre les territoires de l’Empire britannique. Son terrain est plat, peu sablonneux, bien drainé et à proximité d’un chemin de fer. Il se prête bien à cette fonction. Le gouvernement de Mackenzie King approuve le projet.

Au même moment, le gouvernement fédéral cherche à assurer un service postal aérien entre Montréal et des régions éloignées. Saint-Hubert convient aux deux projets. Le 5 mai 1928, Roméo Vachon, à bord de son Fairchild, transporte le courrier des transatlantiques mouillant à Rimouski jusqu’à Saint-Hubert et, de là, vers Toronto, ce qui permet de gagner 24 heures à la livraison. C’était l’inauguration de la première ligne postale entre Saint-Hubert et Rimouski. Quelques mois plus tard, soit le 1er octobre, l’aéroport devient la base de la première route postale aérienne entre le Canada et les États-Unis. Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre du Québec, Camillien Houde, maire de Montréal, et Peter John Veniot, ministre des Postes, assistent à la cérémonie… avec plus de 25 000 personnes réunies pour la circonstance. Les spectacles aériens font vibrer la foule. L’excitation atteint son comble lorsque le pilote W. E. Reider de la Canadian Colonial Airways descend de son Fairchild et remet le premier sac postal en provenance d’Albany (États-Unis) à Victor Gaudet, maître de poste de Montréal.

Deux ans plus tard, l’aéroport est le théâtre d’un autre événement majeur. Le 1er août 1930, le dirigeable R-100 y arrive en provenance de la Grande-Bretagne. C’est parce qu’il peut accueillir ce géant du ciel que l’aéroport est alors considéré comme le plus moderne au monde. Entre 600 000 et 1 million de personnes s’y rassemblent à cette occasion. Les personnalités et banquets se succèdent.

À cette époque à St Hubert, on déplore plusieurs accidents en raison d’un trafic important. La création du ministère des Transports, en 1936, conduit la même année à l’inauguration officielle d’un système de contrôle et à l’ouverture d’une tour de contrôle à Saint-Hubert. Les tours de Toronto, d’Ottawa et de Vancouver entrent en fonction en 1940, suivies des tours d’Edmonton et de Winnipeg en 1941, puis de la tour de Dorval en 1942. Le nombre d’accidents diminue avec les débuts de l’aviation civile, en 1941.

 

Au service des militaires

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, où il devient une importante base militaire, l’aéroport de Saint-Hubert conjugue des vocations militaire et civile. Dès 1941, le ministère de la Défense prend possession des lieux et fait transférer le trafic civil à Dorval. À cette époque, une partie de l’aéroport est transformée en véritable petit village hébergeant des recrues de tout l’Empire britannique venues recevoir leur formation de pilote, d’une durée de 72 jours. La première collation des grades a lieu en novembre 1941. L’école accueille alors environ seulement 20 % de francophones.

Plusieurs avions de guerre partent de Saint-Hubert et, après un arrêt de ravitaillement à Gander (Terre-Neuve), traversent l’Atlantique vers Prestwick (Grande-Bretagne). Elspeth Russell est l’une des premières femmes pilotes à avoir fait ce vol. À cette époque, la base militaire emploie un peu plus de 130 femmes. Elles sont infirmières, cuisinières, serveuses ou téléphonistes, et quelques-unes chauffeuses de camionnettes et mécaniciennes.

La Canadian Aviation Electronics (CAE), qui fabrique des simulateurs de vol pour la formation des équipages civils et militaires, est fondée dans un hangar vacant de l’aéroport en 1947. L’entreprise a acquis depuis une renommée mondiale.

Les vocations aérospatiale, aérotechnique et aéroportuaire de Saint-Hubert ne cessent de se développer au fil des ans. En 1965, la compagnie United Aircraft, affiliée à Pratt & Whitney, s’installe à Saint-Hubert. Elle s’occupe de l’entretien et de la construction de moteurs d’avions et d’hélicoptères, effectue des vols d’essai et donne des formations.

 

Les civils contre-attaquent

En 1968, l’aéroport ouvre de nouveau ses portes au transport civil. Les écoles de pilotage reprennent du service, offrant une formation prisée à l’échelle internationale, notamment parce qu’elle est beaucoup moins coûteuse qu’en Europe. Aujourd’hui encore, Saint-Hubert s’affirme comme le plus important lieu de formation privée de pilotes au Québec, voire au Canada.

La piste 24 gauche est construite en 1969 et, en 1970, Saint-Hubert devient l’aéroport le plus achalandé au Canada ! En 2014, il se classait au sixième rang des aéroports canadiens, avec 149 651 mouvements par année.

En 1970, le trafic de l’aéroport de Cartierville est transféré à Saint-Hubert, à l’exception de celui de l’avionneur Canadair. La multinationale Pratt & Whitney, un leader dans le secteur de l’aéronautique, y établit un centre de services. Divers projets d’amélioration y débutent, telle la construction d’un secteur d’aviation générale et d’un nouvel édifice administratif et d’entretien de Transports Canada.

En 1973, l’École nationale d’aérotechnique du Cégep Édouard-Montpetit (ÉNA) s’installe à l’aéroport. Les étudiants de cet établissement se spécialisent dans les techniques de maintenance d’aéronefs, d’avionique et de génie aérospatial.

En 1989, Saint-Hubert est choisi par le gouvernement fédéral pour accueillir l’Agence spatiale canadienne.

 

Nouveau départ

La vocation militaire de l’aéroport prend une autre direction en 1995, alors que la Défense nationale décide de transformer la base militaire de détachement en garnison. Après la fermeture de la base militaire de Saint-Hubert, la Corporation de développement de la base militaire et de la zone aéroportuaire est mise sur pied en 1997. Son objectif est de créer un projet de revitalisation de l’ancien site et d’affecter les hangars à d’autres fins. Depuis la création de la Technobase par la Corporation, l’ancienne base militaire de Saint-Hubert connaît un virage industriel sans précédent.

En 2004, Transports Canada transfère la propriété de l’aéroport à l’organisme à but non lucratif Développement de l’Aéroport Saint-Hubert de Longueuil (DASH-L).

L’aéroport entreprend, en 2016, un important programme de réhabilitation de 17 millions de dollars, grâce à un financement obtenu du gouvernement fédéral. Ces travaux ne visent pas à accroître la capacité des pistes, mais plutôt à procéder à une mise à niveau de la piste principale ainsi qu’au remplacement des systèmes de drainage, à l’amélioration des systèmes électriques et à l’ajout de voies de circulation. Tout cela a pour but de permettre l’accueil d’appareils de plus gros gabarit, soit des 737 (100 à 215 passagers) et des Airbus 320 (186 passagers).

Présentement, DASH-L se penche sur un projet de développement qui prévoit entre autres un terminal de passagers pour l’accueil de vols régionaux. L’organisme désirerait aussi recevoir certains vols nolisés. Fort d’une riche histoire, l’aéroport de Saint-Hubert est donc en pleine expansion et en vol vers un avenir prometteur.

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