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Un membre de l’équipe de Patrimoine Experts dégage le mur est de l’ancien hôtel de ville.

Un membre de l’équipe de Patrimoine Experts dégage le mur est de l’ancien hôtel de ville. | Photo : Yanik Blouin

Une ravine sous la ville

Une ravine sous la ville

Sous le parc des Braves, à Magog, des fouilles archéologiques dévoilent un passé insoupçonné façonné par une ravine comblée depuis plus de 140 ans. Au travers des vestiges de l’ancien hôtel de ville, une histoire fascinante refait surface.

Des démarches bien ancrées dans le présent peuvent parfois donner du même coup accès au passé. C’est ce qui s’est produit en 2016 à Magog dans le cadre du programme de revitalisation du centre-ville. À cette occasion, des fouilles archéologiques ont été menées au parc des Braves et des tranchées exploratoires ont permis de mettre au jour le profil d’une ancienne ravine, dont l’existence était jusque-là insoupçonnée. Traversant le parc du nord au sud, celle-ci présentait d’abord un profil discret et peu profond à la limite nord du site, en marge de la cour de l’école Brassard. Plus au sud, à l’emplacement occupé aujourd’hui par l’hôtel de ville, d’autres observations indiquaient un creusement plus marqué.

Sans être un ruisseau permanent, cette ravine permettait jadis d’évacuer les eaux de pluie depuis les hauteurs de l’actuelle rue Saint-Patrice en direction de la rivière Magog. En prévision de la construction d’un premier hôtel de ville, le terrain est acquis par la Municipalité en 1884. La ravine aurait été comblée peu après l’acquisition, puisque les archives révèlent qu’un kiosque de musique est construit sur le site dès 1887. Pour sa part, l’hôtel de ville est construit en 1891 et le site accueille également un marché public. Le bâtiment se voit doté d’une caserne de pompiers en 1897, mais, ironiquement, il est la proie des flammes en 1901. Les fouilles archéologiques de 2016 ont permis de localiser l’emplacement exact des fondations du bâtiment. Sans procéder à un dégagement complet des murs, on a pu mettre en évidence certaines observations intéressantes. En effet, la tranchée de construction des fondations du mur de l’hôtel de ville était comblée de scories, ce qui est inhabituel. Normalement, le remblaiement des tranchées est réalisé avec le sol préalablement excavé. Ici, l’emploi de scories constituait donc un apport de matériaux externes et remplissait une fonction spécifique.

Emprise présumée de la ravine et localisation du premier hôtel de ville de Magog

Emprise présumée de la ravine et localisation du premier hôtel de ville de Magog | Illustration : Yanik Blouin, d’après BAnQ (0003029287)

Durant la seconde moitié du XIXsiècle, les activités industrielles génèrent une grande quantité de déchets de combustion, tout comme la gestion des déchets domestiques, qui sont traités dans des fourneaux construits directement sur les sites d’enfouissement. L’objectif est de valoriser les scories qui en résultent. Généralement, elles sont étendues sur des aires de circulation, comme des routes publiques ou des terrains privés, afin d’en niveler la surface ou d’en améliorer la portance en conditions humides, à l’image de l’emploi contemporain du gravier.

Dans le cas de l’hôtel de ville, tout porte à croire que le remplissage à l’aide de scories assurait le drainage des fondations. À cette époque, la mise en place d’un drain autour d’un bâtiment est encore inusitée, mais la stratégie reflète bien la problématique initiale du terrain : le comblement
de la ravine ne modifie pas la topographie de surface, et l’eau de ruissellement gorge les sols lors des épisodes de pluie. Par ailleurs, la cave de l’hôtel de ville servait à l’entreposage de différents documents et devait absolument demeurer au sec. Plusieurs autres travaux archéologiques ont été menés à Magog, mais cette découverte demeure un exemple unique d’adaptation aux conditions particulières du lieu. ◆

Yanik Blouin est archéologue.

Cet article est disponible dans :

Patrimoine et villégiature. Prendre-la-route

Été 2026 • Numéro 189

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