RETOUR

Vestiges d'amour et autres legs familiaux

Je n’ai pas vraiment connu ma grand-mère maternelle, si ce n’est par les histoires qu’on m’en a raconté. Pourtant, je conserve précieusement un gilet qu’elle avait tricoté pour mon grand-père. Ce cardigan en grosse laine beige, flanqué de deux poches et orné d’énormes boutons, a gratifié mon aïeul d’une chaleur bienveillante jusqu’à la fin de ses jours.

Pour moi, ce vêtement constitue un legs inestimable, tel un vestige de l’amour qu’Aline vouait à son cher Maurice. Cela dit, aucun musée n’en voudrait et je ne pourrais vraisemblablement pas en retirer grand-chose si je tentais de le vendre. N’empêche, sa valeur a beau être sentimentale et identitaire, il n’en mérite pas moins d’être préservé et transmis.

Le patrimoine familial se compose en partie de ce type d'objets. Des trésors qui ne seront jamais protégés par la Loi sur le patrimoine culturel du Québec, mais qui témoignent de la petite histoire et jouent souvent un rôle fondamental en matière de sensibilisation au passé et à l’héritage de la collectivité. En effet, chez plusieurs, c’est d’abord la volonté d’en connaître davantage sur leurs origines, sur leurs ancêtres qui stimule une passion pour ces questions plus larges.

Également, les documents et objets transmis de génération en génération peuvent présenter un grand intérêt sur le plan social et culturel. À preuve, nombre d’entre eux se retrouvent dans des musées et des centres d’archives. Ils racontent des événements, des modes de vie, des savoir-faire d’une autre époque dans lesquels tous peuvent se reconnaître. De plus, l’attention que les antiquaires portent aux œuvres d’art et meubles de famille, par exemple, montre bien que certains pans de cet héritage possèdent aussi une belle valeur financière.

Les gardiens de ces legs particulièrement riches et foisonnants assument une grande responsabilité et doivent relever des défis de taille. Comment conserver les souvenirs familiaux dans les règles de l’art? À qui les céder au moment de casser maison? Comment en faire don à des institutions culturelles? Le dossier de la présente édition cherche à valoriser ce patrimoine intime et personnel, qui fait souvent l’objet d’un profond attachement. Il offre également quelques judicieux conseils à ceux qui s’emploient à le préserver ou à le transmettre. Car leur engagement s’avère crucial.

Cet article est disponible dans :

Patrimoine familial. Pièces d'identité

Automne 2020 • Numéro 166

Un souffle numérique pour les inventaires

Article suivant