Montée de résilience
Caroline Fortin, Directrice générale et rédactrice en chef du magazine Continuité
Au printemps 2018, Continuité consacrait un numéro au patrimoine et aux changements climatiques, intitulé Contre temps et marées. En couverture figurait la célèbre petite maison ayant survécu aux inondations du Saguenay en 1996, devenue un symbole de la résistance face aux aléas naturels.
Huit ans plus tard, le comité de rédaction a voulu revenir sur cette thématique, avec une touche plus actuelle. La raison est simple : on ne parle désormais plus de changements climatiques, mais bien de crise climatique. Le gouvernement du Québec le confirme sur son site Web : les phénomènes météorologiques extrêmes gagneront en fréquence et en intensité. Sécheresses, vagues de chaleur, pluies diluviennes, vents violents ou feux de forêt redessinent déjà nos territoires et bouleversent nos milieux de vie. C’est aussi le cas des inondations, qui font l’objet de la présente édition du magazine.
D’innombrables lacs et rivières ponctuent la géographie du Québec, sans oublier le fleuve Saint-Laurent, son estuaire et son golfe. Historiquement, villes et villages se sont développés sur leurs rives. Aujourd’hui, ces milieux se trouvent en première ligne face à la montée des eaux. Plus fréquentes et plus destructrices que dans le passé, les crues nous forcent à repenser nos façons d’habiter le territoire et à imaginer des solutions créatives pour renforcer notre résilience.
Le dossier thématique du présent numéro s’attarde ainsi aux effets des inondations sur le patrimoine bâti et paysager, sur l’urbanisme et sur le sentiment d’appartenance des citoyens à leur milieu. Au menu : un retour sur l’histoire des déluges au Québec et un tour d’horizon des solutions proposées par des experts pour protéger le patrimoine. Également, un article qui explore les cas de Baie-Saint-Paul et de Saint-Raymond, deux municipalités qui se distinguent par leur capacité d’adaptation.
Enfin, ce numéro aborde un enjeu trop souvent relégué au second plan : l’accès aux rives pour tous. Majoritairement privatisées, celles-ci échappent encore largement au regard et à l’usage du public. Heureusement, des initiatives émergent pour redonner aux citoyens un accès à ce patrimoine naturel — condition essentielle pour créer un lien positif avec l’eau.
En ce printemps qui sera probablement encore une fois marqué par les crues saisonnières, je vous souhaite une transition sereine vers l’été — sans grands débordements. ◆
Caroline Fortin est directrice générale et rédactrice en chef du magazine Continuité.

