Ancré dans son milieu
Emilie Girard, Historienne chez L’Usine à histoire(s)
Populaire dès son ouverture il y a 200 ans, le canal de Lachine a su se renouveler pour devenir un élément phare du patrimoine industriel montréalais.
Bicentenaire cette année, le canal de Lachine est le premier d’une série d’ouvrages permettant la navigation sur le fleuve Saint-Laurent, entre l’océan Atlantique et les Grands Lacs. Avec cette infrastructure, Montréal devient la principale porte d’entrée vers l’intérieur du continent nord-américain.
C’est à partir du XVIIe siècle que la construction d’un canal est envisagée pour contourner l’obstacle que représentent les rapides de Lachine. Il faut toutefois attendre le début des années 1820, et la pression accrue des marchands montréalais, pour que le projet soit mis en œuvre et complété. D’une longueur de 14 kilomètres, le canal traverse le sud-ouest de Montréal, du lac Saint-Louis au Vieux-Port actuel. À l’époque, seuls les voiliers de petites dimensions peuvent s’y aventurer.
Au moment de la construction de l’ouvrage, l’économie montréalaise se renouvelle — laissant de côté la fourrure pour le blé et le bois, notamment — et le secteur du canal de Lachine se développe à une vitesse effarante. Véritable pôle industriel, il attire de nombreuses usines sur ses abords. Elles seront jusqu’à 600 à employer les ouvriers du quartier. Produits d’alimentation, industrie ferroviaire, biens de consommation : on y trouve de tout !
La profondeur de 1,4 m du canal et sa faible largeur seront rapidement insuffisantes pour laisser passer des embarcations au tonnage de plus en plus imposant. Pour répondre à la croissance du trafic, le canal est rénové à deux reprises. Ce n’est qu’à la suite de la dernière phase de travaux, qui se termine en 1885, que les bateaux à vapeur peuvent y circuler. Des milliers de navires empruntent annuellement le long canal jusqu’au milieu du XXe siècle. L’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent, en 1959, sonne cependant la fin du berceau industriel de Montréal. Le trafic maritime se déplace alors vers l’est de la ville, mieux adapté pour recevoir les nouveaux appareillages nécessaires au transbordement des marchandises et à l’accueil de bateaux toujours plus lourds et plus grands.
Partiellement remblayé en 1965, le canal ferme ses portes à la navigation commerciale en 1970. Il faut attendre les investissements de Parcs Canada à la fin des années 1990 pour qu’il retrouve une certaine vigueur. Désigné lieu historique du Canada en 1996, le canal de Lachine rouvre à la navigation de plaisance en 2002. Depuis, cet élément majeur de l’histoire montréalaise incarne les enjeux de revitalisation et de requalification d’espaces patrimoniaux dans la métropole québécoise. ◆
Emilie Girard est historienne chez L’Usine à histoire(s).


