Carnet de voyage d’une rédactrice en chef
Caroline Fortin, Directrice générale et rédactrice en chef du magazine Continuité
L’automne dernier, la directrice de Continuité s’est envolée vers la France. Sa mission ? Échanger, partager, mais surtout… s’inspirer pour nourrir l’avenir du magazine.
Le 7 octobre 2025, je suis tombée en amour ! Ça s’est passé à Blois, dans le Centre-Val de Loire. L’objet de cette passion ? Le château royal de cette commune de France. Ce superbe domaine était l’un des points d’accueil de la 29e édition des Rendez-vous de l’histoire de Blois, qui avait lieu du 7 au 11 octobre, et à laquelle prenait part Continuité.
Heureuse coïncidence : le déroulement des Rendez-vous de l’histoire de Blois concordait avec la tenue de la 35e édition du Salon de la revue de Paris, du 10 au 12 octobre. Moyennant quelque 90 minutes de train, l’occasion était belle de m’y rendre pour échanger avec d’autres professionnels du milieu. Autre concordance ? La visite de presse précédant l’inauguration au musée des Arts décoratifs de Paris de l’exposition 1925-2025 : Cent ans d’Art déco qui aborde la même thématique que le présent numéro de Continuité (voir mon compte rendu dans l’article « Retour aux Années folles »). Et, tant qu’à passer par la Ville lumière, pourquoi ne pas faire un crochet par les bureaux parisiens de la revue Patrimoines ? C’est que nos deux publications partagent des motivations semblables !
Dans les prochaines lignes, je vous emmène dans les coulisses de cette mission de l’autre côté de l’Atlantique. Prêts pour le voyage ?
Première destination : Blois
Événement annuel d’une durée de cinq jours, les Rendez-vous de l’histoire de Blois attirent environ 45 000 visiteurs en proposant plus de 700 activités gratuites. Parmi ces activités figure le Salon du livre d’histoire. Continuité était invité par la maison d’édition Septentrion, de Québec, à y partager avec elle un kiosque, en compagnie des Presses de l’Université du Québec. J’avais mis dans mes valises des exemplaires de nos plus récents numéros que des curieux ont pu se procurer.
De nombreuses projections de films, des tables rondes et autres conférences sont aussi inscrites à la programmation. J’en ai profité pour prendre part à plusieurs, dont une conférence présentée entre les murs du château royal de Blois, endroit coup de cœur de ce voyage. Sous le thème « Le chic à la française », les présentatrices ont exploré l’influence mondiale du patrimoine commercial français. Ce sujet faisait écho à notre numéro d’automne 2026, qui s’y intéressera justement, mais selon la perspective québécoise.
Des propos fort intéressants avec, en bonus, une heure entière passée à contempler l’architecture !
Je n’ai d’ailleurs pas pu résister à l’envie d’une visite complète des lieux qui réunissent quatre styles architecturaux : le médiéval de la forteresse (XIIIe siècle), le gothique de l’aile Louis XII (fin du XVe siècle et début du XVIe siècle), la Renaissance de l’aile François Ier (XVIe siècle) et le classique de l’aile Gaston d’Orléans (XVIIe siècle). Tout un panorama d’histoire ! La salle des États généraux, décrite comme « la plus grande salle civile gothique du début du XIIIe siècle conservée en France » dans la brochure d’accompagnement, m’a particulièrement marquée. La visite, censée durer une heure et demie, m’aura pris près de quatre heures : une ode à la lenteur et à l’imagination (se croire de la royauté quelques instants ne fait de mal à personne).
Le paradis des revues
Puis, le 12 octobre 2025, cap sur Paris ! Destination : le Salon de la revue, un événement unique réunissant des publications venues des quatre coins du monde. Continuité n’y tenait pas de kiosque, mais c’était l’endroit idéal pour faire des découvertes et des rencontres porteuses.
Parmi mes trouvailles, L’Iceberg : La revue des grands défis écologiques m’a charmée. Jeune publication française (son premier numéro est paru en avril 2025), L’Iceberg séduit par son énergie visuelle : des photos en abondance, des illustrations éclatées et de la bande dessinée. Un véritable terrain de jeu éditorial !
Autre type de publications découvertes au Salon : les mooks, ces objets hybrides entre le livre et le magazine. Le mook, c’est « un objet matériel et visuel plus soigné et plus étoffé qu’un magazine de presse classique. Son contenu éditorial privilégie les enquêtes au long cours, ainsi que des formes d’écriture souvent empruntées à la littérature (portraits, récits, nouvelles, etc.) et l’emploi d’autres formes d’expression (photographie, dessin) afin de raconter autrement l’actualité », peut-on lire sur le site Web de la Bibliothèque nationale de France.
Apparue il y a une dizaine d’années, cette façon de faire du journalisme prend de l’ampleur en Europe. Je la trouve inspirante, d’autant plus que, tourné vers l’avenir, Continuité réfléchit à son positionnement dans l’univers éditorial québécois. Ni livre ni magazine dont on se défait après usage, son contenu et son visuel sont au cœur d’une démarche qui vise à accentuer ses grandes qualités éditoriales et graphiques, tout en jouant plus librement avec les codes du magazine classique.
Jeter les bases de futures collaborations
Ce mouvement éditorial des mooks, je l’ai découvert grâce à Yannick Kéravec, le directeur d’Ent’Revues, l’association organisatrice du Salon. Celle-ci est un peu le pendant en France de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP) chez nous, dont j’assure la présidence et dont est membre Continuité. En plus d’une conversation stimulante à propos des mooks, Yannick Kéravec et moi avons échangé sur les réalités communes d’Ent’revues et de la SODEP, notamment sur leur rôle de mise en valeur et de rayonnement des revues par une variété d’initiatives.
Tour d’horizon des revues culturelles d’ici et d’ailleurs
La SODEP regroupe plus d’une cinquantaine de revues culturelles québécoises : sodep.qc.ca/les-revues/
Ent’Revues recense plus de 2000 revues culturelles de partout dans le monde : entrevues.org/revues/
Enfin, le 14 octobre 2025, j’ai eu le plaisir de rencontrer l’équipe de la revue Patrimoines. Publiée par l’Institut national du patrimoine, celle-ci célèbre cette année ses 20 ans avec un numéro spécial portant sur le sacré et sur l’appartenance des artéfacts dans un contexte où la restitution de ces derniers à leur pays d’origine se révèle comme un grand enjeu. Cette brique de plus de 200 pages, destinée aux professionnels, regorge d’entretiens, de réflexions, de portraits de restauration et de retours sur des projets d’étude. Un superbe ouvrage, qu’il est d’ailleurs possible de commander à la boutique du Musée national des beaux-arts du Québec.
Référence incontournable pour les spécialistes français œuvrant dans le domaine, Patrimoines vise surtout les milieux universitaires. Continuité, pour sa part, s’adresse au grand public. Néanmoins, tous deux partagent la même mission : valoriser le patrimoine.
J’en ai largement discuté, notamment avec Séverine Blenner-Michel, directrice des études du département des conservateurs à l’Institut national du patrimoine. En France, celle-ci perçoit une sensibilisation profonde à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine français, que ce soit de la part des institutions ou du grand public. D’ailleurs, les formations offertes par l’Institut national du patrimoine affichent complet chaque année. Au Québec, malheureusement, plusieurs programmes liés au patrimoine peinent à attirer des étudiants (voir l’article « L’urgence de stimuler la relève », no 186). Cela donne matière à réflexion…
La mission en sons et en images
Retrouvez les aventures de Continuité dans de courtes capsules vidéo et des albums photo :
- YouTube : @magazinecontinuite1982
- Instagram et Facebook : /magazinecontinuite/
- TikTok : @magazinecontinuite
Chose certaine, tous ces échanges ont été l’occasion de créer des ponts et de poser les bases de collaborations possibles. L’enthousiasme était au rendez-vous : nous verrons ce que l’avenir nous réserve !
En bref, des Rendez-vous de l’histoire de Blois au Salon de la revue, en passant par la découverte des mooks et les échanges entre collègues transatlantiques, cette mission en France m’a assurément inspirée. Le magazine Continuité s’en trouvera grandi, car rien n’est plus enrichissant que de s’ouvrir aux autres. ◆
Caroline Fortin est directrice générale et rédactrice en chef du magazine Continuité. Cette chronique découle d’une mission en France réalisée en octobre 2025.







